« On s’attend à une leçon de morale, comme on en a l’habitude dans les sermons », penseront certains. Il est vrai quand on n’a plus rien à dire de spirituel, on fait de la morale ! Mais pour Isaïe, Il ne s’agit pas d’abord de morale, mais d’une question spirituelle. Réfléchissons !
Un prophète quand il parle, c’est pour réveiller la foi en Dieu : « cherchez le Seigneur, tant qu’il se laisse trouver…, que le méchant abandonne son chemin, qu’il revienne vers le Seigneur », dit Isaïe deux chapitres auparavant (Isaïe 55). Le Prophète est là d’abord pour interpeller les croyants : qu’avez-vous fait de votre foi ? Dans la culture de l’époque (5 ème siècle avant Jésus), il n’y a pas de distinction entre croyants et non croyants. Tout le monde est croyant Israélite… mais tout le monde ne recherche pas Dieu… Tout le monde va au temple, mais tout le monde n’a pas cet appétit de Dieu qui habite l’âme en quête de l’Invisible… tout le monde prie (au moins un peu), mais tout le monde ne laisse pas cet Absolu de Dieu le déranger quand il voit un pauvre surgir devant lui, , quand il voit une injustice se
propager, quand il voit un homme en guenilles devant lui…
Il faut se l’avouer : la foi en Dieu ne laisse pas tranquille sur le spectacle de la misère des autres ! Je pense que certains arrêtent de croire, car en devenant croyants, ils deviennent si sensible au malheur des gens que le combat spirituel devient impossible : « j’en ai marre des pauvres » ! osent-ils dire.
Mais il nous faut écouter Isaïe : « Partage ton pain avec celui qui a faim… Alors ta lumière jaillira » Car la lumière qui surgit de la personne des croyants vient de deux sources : de leur prière et de leur amour des autres… Sans amour des autres, la prière ne nous transformera pas, car elle n’opèrera pas ce dépouillement de notre égocentrisme, et nous rend si lumineux, Par contre : « si tu donnes à celui qui a faim ce que toi tu désires, ta lumière se lèvera dans les ténèbres… » (verset 10). Cela rejoint ce que dit Jésus à ses disciples: « Vous êtes la lumière du monde… on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau !
Sans prière profonde, de relation vraie au Seigneur, nous pouvons vite caler et nous décourager… nous serons vite désespérés de ne pas aimer et nous fermerons la porte ! : « Alors si tu appelles, le Seigneur répondra, si tu cries, il dira me voici et tes forces reviendront rapidement » (verset 8) ! Il nous faut être avoir de la force pour aimer vraiment, tellement c’est dur !
Alors avec la prière vraie et qui devient profonde et l’amour des autres qui s’essaie à se réaliser, nous connaîtrons ce que le Prophète dit des croyants habités : « Devant toi, marchera ta justice et la Gloire du Seigneur fermera la marche » (Isaïe 58, 8) cela rejoint l’évangile de ce dimanche : « alors en voyant ce que vous faîtes de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ! » (Matthieu 5, 16)… tout un programme !
+ Père Jean-Michel MOYSAN, curé
