Ne croyons pas naïve la question posée par les Apôtres. Bien sûr que les maladies sont dues à des microbes, des virus, des anomalies génétiques, etc. Mais derrière la cause physique d’un mal, il y a l’interrogation sur sa signification existentielle. Dit autrement : pourquoi certains souffrent et pas d’autres ?
Cette question habite le cœur de chacun, et j’ai même été plusieurs fois surpris de constater que ce sont parfois les personnes qui se disent les plus rationnelles, à l’esprit le plus scientifique, qui vont croire également dans un destin aveugle, ou à des influences superstitieuses. C’est logique, en fait, car nous sommes corps et esprit, et si nous ôtons la spiritualité de notre vie, celle-ci revient en général sous une autre forme, et souvent pervertie.
Alors écoutons la réponse de Jésus aux Apôtres : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Le Christ nous dit ici 4 choses. :
La 1ère : il n’y a pas de responsabilité personnelle dans les malheurs qui ne sont pas la conséquence directe de mes actions.
La 2ème est l’étape suivante : si ce n’est pas ma responsabilité, est-ce alors celle de Dieu, lui qui est tout puissant ? Jésus répond que Dieu n’est pas tant celui qui cause le malheur, que celui qui est révélé à l’occasion du malheur.
L’exemple de l’aveugle est ici le bienvenu. Un aveugle développe en général ses autres sens pour compenser celui qu’il a perdu. Cela augmente sa sensibilité et il se met à percevoir des choses que les valides ne peuvent pas voir, car la vue accapare leur attention. De même, le malheur, en remettant en cause ce qui fait notre sécurité quotidienne, nous oblige à réévaluer notre perception de ce qui est important dans la vie. Et, en général, c’est là que Dieu se révèle. Non pas qu’il n’était pas perceptible avant, mais nous n’y faisions pas attention.
Puis, Jésus ajoute de nous dépêcher d’agir tant que nous avons la lumière. Car, le prochain qui souffre est un appel pour moi à me mettre à son service, et cette aide aussi est la manifestation des œuvres de Dieu. Cependant, je n’ai que ma vie sur terre pour faire le bien, avant que la nuit de la mort vienne m’empêcher d’agir. Enfin, Jésus se présente lui-même comme la lumière, nous assurant ainsi que, quelles que soient les circonstances, nous pourrons toujours compter sur sa grâce pour servir Dieu et notre prochain, que nous soyons en bonne santé ou malades, etc. Et Jésus nous dit : « et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20).
+Père Jean NIELLY, vicaire
