« Voici de belles images littéraires, me dit-on quelquefois : lire l’Evangile, ça me ‘nourrit’, cela me ‘fait vivre’ ! la prière me ‘rassasie’, car l’homme ne vit pas seulement de pain… ! Mais de là à dire que la personne de Jésus elle-même est le ‘pain vivant’ et qu’il faut se nourrir de Lui ! là je ne comprends plus ! » … expliquons
Il est étonnant que des personnes arrivant à l’hôpital demandent très vite l’aumônier : Ils veulent communier… Pourquoi cette hâte ? comme s’il fallait s’accrocher à Quelqu’un (Jésus) dans ce moment de fragilité et donc demander son sacrement (hostie consacrée). Les malades savent très bien qu’ils reçoivent Jésus… Il n’y a pas à le leur apprendre !
Autre témoignage : celui de Mgr F-X Nguyen-van-Thuan emprisonné dans les camps communistes de 1975 à 1988. Il écrit : «Avez-vous pu célébrer la messe, en prison?» C'est la question que beaucoup de personnes m'ont souvent posée. Et elles ont raison: l'Eucharistie est la plus belle prière, c'est le sommet de la vie de Jésus. Quand je réponds «oui», je sais déjà la question suivante: «Comment vous êtes-vous procuré le pain et le vin?» Quand j'ai été arrêté, j'ai dû m'en aller tout de suite, les mains vides. Le lendemain, on me permit d'écrire pour demander les choses les plus nécessaires, vêtements, dentifrice ... J'ai écrit à mon destinataire: «S'il vous plaît, 'pouvez-vous m'envoyer un peu de vin, comme médicament contre les maux d'estomac ?» Les fidèles comprennent ce que cela veut dire et ils m'envoient une petite bouteille de vin pour la messe, avec l'étiquette: «médicament contre les maux d'estomac» et des hosties dans un flacon étanche. La police me demande: «Vous souffrez de l'estomac?» «Oui.» … Je ne pourrai jamais exprimer ma grande joie : chaque jour, avec trois gouttes de vin et une goutte d'eau dans le creux de la main, je célèbre ma messe.
… Dans le camp de rééducation, nous sommes divisés en groupes de cinquante personnes… Nous nous sommes arrangés de façon que cinq catholiques soient à côté de moi. A dix heures trente, il faut éteindre la lumière et tout le monde doit dormir. Je me recroqueville sur le lit pour célébrer la Messe, par cœur, et je distribue la communion en passant la main sous la moustiquaire. Nous fabriquons de petits sachets avec le papier des paquets de cigarettes pour y garder le Saint Sacrement. Jésus-Hostie est toujours avec moi, dans la poche de ma chemise.
Je me rappelle avoir écrit… : «Crois en une seule force: l'Eucharistie, le Corps et le Sang du Christ qui te donneront la vie: « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils aient en abondance (Jn 10,10) ». La manne a nourri le peuple juif en route vers la Terre Promise. L'Eucharistie te nourrira sur le chemin de l'espérance (voir Jn 6,50).» (Extrait du livre «]'ai suivi Jésus», Ed. Médiaspaul, 1997)
Cela rejoint le Concile Vatican II : « La sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque » (Presbyterium ordinis n° 5).
+ Père Jean-Michel MOYSAN, curé
