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Pardon de Saint Eloi

Retour de Saint Eloi, où, dans sa jolie chapelle fleurie et bien préparée par les paroissiens locaux, nous avons vécu un Pardon simple, acceuillant, plein de ferveur animé par le Père Jean Nielly. Partant de la légende de saint Eloy, écrite pour les enfants par Frédéric Mistral, qu'il a merveilleusement conté, en l'actualisant il guidé notre assemblée de prières dans la continuité de l'amour que le Seigneur porte à chacun. Une ouverture des cœurs dans la compréhension de ce qu'est un Pardon où la Parole, concluant l'office (Sexte), donnait toute sa dimension : « Dieu ne se laisse pas narguer ; car ce que l'homme sème, il le récoltera. Celui qui sème pour sa propre chair récoltera ce que produit la chair : la corruption. Celui qui sème pour l'Esprit récoltera ce que produit l'Esprit : la vie éternelle. - Ga 6, 7b-8 ». Nous avons terminé par un ''da feiz'' des plus joyeux dont la traduction en français avait été distribuée pour permettre à tous d'en goûter les beautés.Un temps qui a nourri les conversations conviviales qui ont suivies durant la fête jusqu'à 17h. 

 

 

Gilles de VILLARTAY

Legende de Saint Eloi

La légende de saint Éloi pour les enfants

 

Mémoires et souvenirs, Frédéric Mistral

 

Notre-Seigneur Dieu le Père, un jour, en Paradis, était tout soucieux. L’Enfant-Jésus lui dit :

« Qu’avez-vous, père ?

— J’ai, répondit Dieu, un souci qui me tarabuste... Tiens, regarde là-bas.

— Où ? Dit Jésus.

— Par là-bas, dans le Limousin, droit de mon doigt : tu vois bien, dans ce village, vers le faubourg, une boutique de maréchal-ferrant, une belle et grande boutique ?

— Je vois, je vois.

— Eh ! bien, mon Fils, là est un homme que j’aurais voulu sauver : on l’appelle maître Éloi. C’est un gaillard solide, observateur fidèle de mes commandements, charitable au pauvre monde, serviable à n’importe qui, d’un bon compte avec la pratique, et martelant du matin au soir sans mal parler ni blasphémer... Oui, il me semble digne   devenir un grand saint.

— Et qui empêche ? Dit Jésus.

— Son orgueil, mon enfant. Parce qu’il est bon ouvrier, ouvrier de premier ordre, Éloi croit que sur terre nul n’est au-dessus de lui, et présomption est perdition.

— Seigneur Père, fit Jésus, si vous me vouliez permettre de descendre sur la terre, j’essaierais de le convertir.

— Va, mon cher Fils.

Et le bon Jésus descendit. Vêtu en apprenti, son baluchon derrière le dos, le divin ouvrier arrive droit dans la rue où demeurait Éloi. Sur la porte d’Éloi, selon l’usage, était l’enseigne, et l’enseigne portait : Éloi le maréchal, maître sur tous les maîtres, en deux chaudes forge un fer. Le petit apprenti met donc le pied sur le seuil et, ôtant son chapeau :

« Dieu vous donne le bonjour, maître, et à la compagnie : si vous aviez besoin d’un peu d’aide ?

— Pas pour le moment, répond Éloi.

— Adieu donc, maître : ce sera! pour une autre fois. »

Et Jésus, le bon Jésus, continue son chemin. Il y avait, dans la rue, un groupe d’hommes qui causaient et Jésus dit en passant :

« Je n’aurais pas cru que dans une boutique telle, où il doit y avoir, ce semble, tant d’ouvrage, on me refusât le travail.

— Attends un peu, mignon, lui fait un des voisins. Comment as-tu salué, en entrant chez maître Éloi?

— J’ai dit comme l’on dit : « Dieu vous donne le bonjour, maître, et à la compagnie ! »

— Ha ! ce n’est pas ainsi qu’il fallait dire... Il fallait l’appeler ''maître sur tous les maîtres''... Tiens, regarde l’écriteau.

— C’est vrai, dit Jésus, je vais essayer de nouveau. Et de ce pas il retourne à la boutique.

— Dieu vous donne le bonjour, maître sur tous les maîtres ! N’auriez-vous pas besoin d’ouvrier ?

— Entre, entre, répond Éloi, j’ai pensé depuis tantôt que nous t’occuperions aussi... Mais écoute ceci pour une bonne fois : quand tu me salueras, tu dois m’appeler ''maître'', vois-tu ? ''sur tous les maîtres'', car, ce n’est pas pour me vanter, mais d’hommes comme moi, qui forgent un fer en deux chaudes, le Limousin n’en a pas deux !

— Oh ! répliqua l’apprenti, dans notre pays à nous, nous forgeons ça en une chaude !

— Rien que dans une chaude ? Tais-toi donc, va, gamin, car cela n’est pas possible...

— Eh ! bien, vous allez voir, maître sur tous les maîtres ! »

Jésus prend un morceau de fer, le jette dans la forge, souffle, attise le feu ; et quand le fer est rouge, rouge et incandescent, il va le prendre avec la main.

« Aïe ! mon pauvre nigaud ! le premier compagnon lui crie, tu vas te roussir les doigts !

— N’ayez pas peur, répond Jésus, grâce à Dieu, dans notre pays, nous n’avons pas besoin de tenailles. »

Et le petit ouvrier saisit avec la main le fer rougi à blanc, le porte sur l’enclume et avec son marteler, pif ! Paf ! Patati ! Patata ! en un clin d’œil, l’étire, l’aplatit, l’arrondit et l’étampe si bien qu’on le dirait moulé.

« Oh ! moi aussi, fit maître Éloi, si je le voulais bien. »

Il prend donc un morceau de fer, le jette dans la forge, souffle, attise le feu ; et quand le fer est rouge, il vient pour le saisir comme son apprenti et l’apporter à l’enclume... Mais il se brûle les doigts : il a beau se hâter, beau faire son dur à cuire, il lui faut lâcher prise pour courir aux tenailles. Le fer de cheval cependant froidit... Et allons, pif ! et paf ! quelques étincelles jaillissent... Ah ! pauvre maître Éloi ! il eut beau frapper, se mettre tout en nage, il ne put parvenir à l’achever dans

une chaude.

« Mais chut ! fit l’apprenti, il m’a semblé ouïr le galop d’un cheval...»

Maître Éloi aussitôt se carre sur la porte et voit un cavalier, un superbe cavalier qui s’arrête devant la boutique. Or c’était saint Martin.

« Je viens de loin, dit celui-ci, mon cheval a perdu une couple de fers et il me tardait fort de trouver un maréchal. »

Maître Éloi se rengorge, et lui parle en ces termes :

« Seigneur, en vérité, vous ne pouviez mieux rencontrer. Vous êtes chez le premier forgeron de

Limousin, de Limousin et de France, qui peut se dire ''maître au-dessus de tous les maîtres et qui forge un fer en deux chaudes''... Petit, va tenir le pied.

— Tenir le pied ! repartit Jésus. Nous trouvons, dans notre pays, que ce n’est pas nécessaire.

— Par exemple ! s’écria le maître maréchal, celle-là est par trop drôle : et comment peut-on ferrer, chez toi, sans tenir le pied ?

— Mais rien de si facile, mon Dieu ! vous allez le voir.»

Et voilà le petit qui saisit le boutoir, s’approche du cheval et, crac ! lui coupe le pied. Il apport le pied dans la boutique, le serre dans l’étau, lui cure bien la corne, y applique le fer neuf qu’il venait d’étamper, avec le brochoir y plante les clous ; puis, desserrant l’étau, retourne le pied

au cheval, y crache dessus, l’adapte ; et n’ayant fait que dire avec un signe de croix : « Mon Dieu ! que le sang se caille », le pied se trouve arrangé, et ferré et solide, comme on n’avait jamais vu, comme on ne verra plus jamais. 

Le premier compagnon ouvrait des yeux comme des paumes, et maître Éloi, collègues, commençait à suer. 

« Ho ! dit-il enfin, pardi ! en faisant comme ça, je ferrai tout aussi bien.»

Éloi se met à l’œuvre : le boutoir à la main, il s’approche du cheval et, crac, lui coupe le pied. Il l’apporte dans la boutique, le serre dans l’étau et le ferre à son aise comme avait fait le petit. Puis, c’est ici le hic ! il faut le remettre en place ! Il s’avance du cheval, crache sur le sabot,

l’applique de son mieux au boulet de la jambe... Hélas ! l’onguent ne colle pas : le sang ruisselle et le pied tombe.

Alors l’âme hautaine de maître Éloi s’illumina : et, pour se prosterner aux pieds de l’apprenti, il rentra dans la boutique. Mais le petit avait disparu et aussi le cheval avec le cavalier. Les larmes débondèrent des yeux de maître Éloi ; il reconnut qu’il avait un maître au-dessus de lui,

pauvre homme ! et au-dessus de tout, et il quitta son tablier et laissa sa boutique et il partit de là pour aller dans le monde annoncer la parole de Notre-Seigneur Jésus.

 

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À Botsorhel l'on dit que le cheval était celui de Saint Georges qui disparu au ciel avec Jésus en croupe. Ce qui correspond au personnage armé des panneaux du meubles conservé dans la